Corrigé du Bac de français 2013 par Marian, membre du Réseau des Profs

Corrigé de l'épreuve anticipée de français (EAF) au Baccalauréat

 

Sections ES-S

 

Sujet de Métropole, Session de juin 2013

 

Par Marian BALASTRE,

Professeur agrégé de lettres modernes,

Membre du jury de l'EAF 2013 en section S

 

 

 

Note typographique : les italiques d'un texte dactylographié correspondent au soulignement d'un texte manuscrit (comme une copie de bac écrite au stylo).

 

  

Critique du sujet :

           

            C'est un sujet très facile, composé de trois extraits de roman du XXe siècle, dont un tiré de la traduction d'un roman américain. La qualité culturelle et académique du corpus est donc faible, en proportion de la rigueur et du niveau attendu en 1ere S et ES, d'autant que l'objet d'étude lui-même concerne des romans du XVIIe au XXe siècle : l'échantillon ici est très restreint (les trois textes couvre une période de publication de moins de 20 ans), récent, et d’œuvres peu retenues dans les études littéraires pour leur valeur esthétique dans le domaine français ou francophone. Le choix d'un texte traduit de l'américain pour un corpus de bac de français d'une section exigeante, et comportant habituellement 4 textes francophones, est étonnant.

 

            En outre, la question sur corpus ne réclame (a priori) aucune analyse littéraire, et le sujet de dissertation se fonde sur une notion assez vague et infantile de « personnage extraordinaire » (et non sur une notion plus précise en littérature comme celles de représentation, de vraisemblable, de fiction, ou même d'aventure, d'épopée, qu'on attendrait comme acquises chez des 1eres ES et S). Le commentaire, qui porte sur le texte de Giono (auteur de plus haute tenue académique que les autres, mais de manière encore relative, par rapport à Céline ou Julien Gracq par exemple), met à son tour en valeur un contexte infantile qui a inspiré des remarques afférentes de nombreux candidats s'imaginant dans ces fêtes pour enfants... au lieu d'analyser le texte. Celui-ci, inférieur d'un point de vue littéraire à d'autres descriptions de fêtes comme celle, fameuse, du Grand Meaulnes d'Alain-Fournier, est constellé de remarques humoristiques peu repérées par les candidats, ou prises pour des « critiques », voire des blâmes (contre-sens, donc).

 

            Le sujet d'invention, quant à lui, s'il s'éloignait de la tendance systématique et rébarbative à demander une argumentation, est tout juste du niveau d'une rédaction de 3e. L'indication « en vous inspirant des autres textes », de plus, incitait les candidats à confondre plagiat, reprise, recopiage et inspiration littéraire.

 

 

QUESTION SUR CORPUS

 

 

            Les trois extraits de romans proposés datent d'une même période, les années 1930-1940. Ils dressent le portrait d'une mère de famille (une grand-mère pour l'extrait de Giono) dans un registre mélioratif. Dans Sido, la narratrice dresse le portrait émerveillé d'une mère très active, attentionnée, virevoltante, qui revient d'un séjour à Paris riche d'expériences et d'achats en tout genre. Dans le roman de Steinbeck, Les raisins de la colère, le narrateur décrit une mère de famille héroïque, dévouée, sacrificielle, qui semble le pilier de sa maisonnée. Enfin, dans l'extrait du roman de Giono, Un Roi sans divertissement, on nous rapporte les après-midi d'amusements organisés pour de nombreux petits enfants par une grand-mère, Mme Tim, dans un château.

 

            Les trois extraits font l'éloge de la figure maternelle et l'érigent en pilier de la famille, au centre du texte. Ils partagent de nombreux points communs : dans le texte de Colette et celui de Giono, les figures maternelles sont caractérisées par leur activité trépidante et leur qualités rayonnant sur leur environnement. Dans l'extrait de Steinbeck en revanche, le portrait de Man est beaucoup plus moral, moins physique, et centré sur le dévouement familial constant de la mère, plutôt que sur des activités : l'éloge est plus profond et confine au sublime, comme l'indique l'expression « régions élevées de la compréhension surhumaine » (t. B, l. 4).

 

            La figure féminine est toujours présentée comme une ligne directrice, une personne de commandement pour la famille, au détriment de la figure masculine et/ou paternelle, qui reste dans l'ombre et est décrite comme affaiblie ou inférieure : « mon père amaigri » (t. A, l. 17) ; « le vieux Tom (…) ne pouvai[t] connaître cette souffrance (…) que si elle-même admettait cette souffrance » (t. B, l. 6-8), Mme Tim donne des ordres à un messager (t. C, l. 6) et un laquais (l. 29), elle est comparée à un « tambour-major » (l. 19).

 

            Les mère sont nourricières et guérisseuses, elles donnent la vie : dans Sido, elle rapporte des « chocolats » et des « denrées exotiques » (t. A, l. 1-2), répare un géranium (l. 24) ; Man est « guérisseuse » (t. B, l. 14), Mme Tim distribue « des parts de gâteaux et des verres de sirop » (t. C, l. 28-29).

 

            Enfin, ces mères sont représentées avec les qualités de la beauté féminine et portent une aura de merveilleux : le champ lexical de l'habillement féminin (t. A, l. 7-8), du parfum enivrant (l.11-13), voire du luxe, et la « magie » (l. 24) dans Sido, la « beauté » chez Steinbeck (l. 13), le « corps de statue » (t. C, l. 22) de Mme Tim, comparée élogieusement à une sculpture.

 

            Les trois textes sont très similaires sur bien des aspects de la figure féminine, le texte B se caractérisant par un registre tragique et presque pathétique (Man, pourtant, rit sans raison,t. B, l. 10-11, pour apporter une joie qui n'existe pas peut-être ?) tandis que les deux autres sont beaucoup plus légers, plutôt comiques, humoristiques. On notera que les trois narrations adoptent plus ou moins nettement le point de vue des enfants admiratifs de cette figure maternelle, fascinante, providentielle ou impressionnante, et non un point de vue externe qui serait sans doute beaucoup plus neutre et , moins subjectif.

 

 

Travail d'écriture

 

I - Commentaire

 

(Nous partons du principe que le rédacteur d'un commentaire ne dispose pas d'informations spécifiques sur l'auteur ou sur l’œuvre, et qu'il découvre le texte sans connaître précisément son contexte ; les titres sont indiqués pour faciliter la lecture, mais ils ne doivent pas figurer sur une copie de bac ; le corrigé se rapproche de ce qui est faisable par un élève sérieux de 1ere ES ou S, et non d'un commentaire composé de niveau universitaire ; on a veillé par ailleurs à ne pas répéter les arguments déjà employés dans la question sur corpus).

 

 

            La figure de la mère tient une place importante dans les romans qui racontent la vie d'une famille ou le contexte familial du personnage principal. Certains textes mettent même en valeur la figure maternelle, bienveillante, dévouée, source de vie, au détriment de la figure paternelle qui incarne de son côté, habituellement, le pouvoir, le devoir, l'ordre. Dans Un Roi sans divertissement, roman de Giono publié en 1947, le narrateur dépeint les fêtes organisées pour ses nombreux petits-enfants par Mme Tim, une châtelaine. Comment le récit met-il la figure de cette grand-mère au centre d'une scène festive et ludique ? Nous étudierons dans un premier temps le personnage de Mme Tim comme une figure d'ordre et de commandement ; ensuite, nous l'envisagerons comme une figure de la vie, de la fête et de la générosité ; enfin, comme une figure de spectacle, de théâtre.

 

 

I – Mme Tim, une figure de l'ordre et du commandement

II – Une figure de la fête et de la générosité

III – Une figure de spectacle

 

 

 

I – Mme Tim, une figure de l'ordre et du commandement

 

 

            Mme Tim est le personnage central de l'extrait, comme l'indique la position initiale de son nom. C'est autour d'elle que s'organise toute la vie des personnages mentionnés, toute l'existence des habitants autour de son château. C'est pourquoi, en tant que châtelaine, elle devient l'ordonnatrice de l'espace et des activités des personnages. Tout semble confluer vers elle : les descentes et montées « sur les chemins de/à Saint-Baudille » (l. 3-4) pour aller chercher les enfants, le narrateur rapportant comment il assistait à ces scènes de fêtes, prenant ce château comme point de repère collectif : « soit qu'on revienne de Mens (…) on ne manquait pas de regarder tous ces amusements » (l. 17-18). Elle occupe donc naturellement le « milieu de cette cuve d'enfants », qui « giclaient autour d'elle » (l. 23-25). On remarque d'ailleurs que les enfants sont indifférenciés et anonymes, seule Mme Tim étant nommée (hormis deux autres noms très anecdotiques de personnages inconnus et étrangers à la scène), comme si elle était la seule personnalité réelle, la référence de tout son monde. Elle apparaît en outre sous la figure d'une personne dirigeante, ordonnatrice donnant des ordres à un messager (l. 7), comparée comiquement à un « tambour-major » (l. 19) par un narrateur espiègle qui l'intègre à une fête enfantine où les garçons jouent au soldat : le champ lexical de l'ordre est donc utilisé de manière ambiguë. Mais cette châtelaine est entourée d'un « laquais » et d'une « domestique femme » (sans compter les nourrices derrière elle), ce qui signifie que son pouvoir est bien réel et qu'elle a une position sociale importante, qui contraste avec son activité de dame festive qui sert des gouters à des groupes d'enfants.

 

 

II – Une figure de la fête et de la générosité

 

 

            Mme Tim est donc, au-delà de sa haute position dans la société et centrale dans le texte, malgré son rôle de commandement, une figure de la fête et de la générosité. Celle-ci est même étonnante, puisque le narrateur y renvoie par l'hyperbole « des fêtes à n'en plus finir » (l. 8), comme une générosité, et une abondance sans fin (elle est « abondamment grand-mère » l.1) : c'est une véritable aubaine et corne d'abondance pour ses petits-enfants, comme l'indique l'accumulation des activités : « gouters », « promenades », « jeux », etc. (l. 8-11). Le texte est saturé du champ lexical du jeu, de l'« amusement » (l. 18). Elle présente également l'aspect d'une mère nourricière à travers le champ lexical de la nourriture sucrée, qui plait aux enfants : « gouters » (l.8), « gâteaux », « verres de sirop » (l. 28-29), « orangeade » (l. 30), « pâtisserie » (l. 32). Cette figure de nourricière abondante et généreuse se traduit même par une métaphore filée de la vendange : « cette cuve d'enfants dont elle tenait une grappe dans chaque main, pendant que les autres giclaient » (l. 23-24), et le  « tonnelet » (l. 30) ; elle apparaît comme une déesse de l'abondance et de la vendange, avec son « corps de statue » (l. 22), qui contraste de manière étonnante, là encore, avec son activité trépidante (l'agitation s'opposant à l'immobilité d'une statue) tout comme avec son âge présumé de grand-mère (on sculpte en général des femmes jeunes ou d'âge moyen). Le narrateur associe donc audacieusement des images qui rendent la vision étrange, surprenante, ou comique.

 

 

III – Une figure de spectacle

 

Ce portrait est en effet indissociablement lié à une scène itérative, scène répétée, celle des fêtes qui deviennent un véritable spectacle pour les passants, dont semble faire partie le narrateur-témoin (« on ne manquait pas de regarder », l. 18, « on l'aurait tous voulue », l. 25) dénué d'implication cependant, à cause de l'impersonnel (« on ») employé : là encore, seule Mme Tim est dotée d'une identité importante, sauf les deux domestiques assistant le personnage, dont le narrateur rapporte l'identité comme il se doit dans une chronique de village. Mais ces fêtes apparaissent comme un spectacle, une pièce que joue régulièrement Mme Tim, directrice de troupe théâtrale ou « tambour-major » d'une ludique parade militaire que les villageois ne manquent pas s'ils ont l'occasion d'y passer : « on ne manquait pas de regarder tous ces amusements » (l. 18). Le narrateur renvoie à cette vision en usant souvent de son champ lexical : « on voyait partir » (l. 4), « regarder » (l. 18), « voir » (l. 23), « on la surprenait » (l. 27), « voir » (l. 33) ; il y associe l'enthousiasme par une phrase exclamative : « C'était à voir ! » (l. 33), comme s'il s'agissait d'un spectacle fameux et digne d'intérêt. Le costume des personnages de cette pièce est d'ailleurs décrit en détail, comme l'indique le champ lexical coloré et fastueux des vêtements : « vêtue à l'opulente d'une robe de bure, avec des fonds énormes qui se plissaient et se déplissaient » (l. 20-21), « jabots de linon » (l. 23), « cocons blancs » (l. 26), « vêtu de bleu » (l. 30), « vêtue de zinzolins » (l. 32). Les « planchers » (l. 12) et les « terrasses » (l. 18) sont en outre autant d'espaces assimilables à des scènes de théâtre ou de spectacle.

 

           

            Mme Tim est donc au centre d'un monde qui vit autour d'elle et dont elle semble la figure tutélaire, la reine, la meneuse : à la fois personnage d'ordre, de générosité et de spectacle, elle incarne divers aspects de la noblesse dont elle semble une représentante en tant que châtelaine, même si c'est sur un ton volontiers humoristique que le narrateur décrit ces fêtes. Dans Le Grand Meaulnes d'Alain-fournier, roman du début du XXe siècle, le narrateur raconte lui aussi l'expérience inoubliable d'une fête de province, qui va changer sa vie et surtout celle du héros éponyme, mais pour laquelle il emploie, de son côté, le registre merveilleux.

 

II – Dissertation

 

« Le romancier doit-il nécessairement faire de ses personnages des êtres extraordinaires ? »

 

Nous n'avons pas le temps de rédiger un corrigé complet, mais nous proposerons quelques pistes afin d'aiguiller les candidats passés ou futurs sur ce qui est attendu dans une dissertation de ce genre. Noter que la dissertation est un exercice réputé difficile, donc noté plus favorablement à condition que le sujet soit traité correctement.

 

-        Il faut définir les notions importantes du sujet (voire en proposer plusieurs définitions). Ici, la notion de personnage, et l'idée d'« être extraordinaire ».

-        Associer, même si le sujet n'y invite pas a priori, ces notions à l'objet d'étude : ici le roman. Les personnages de roman doivent-ils être extraordinaires ? Il faut donc invoquer la notion de personnage romanesque.

-        Chercher des notions proches du sujet et ne surtout pas rester dans les notions du sujet si elles sont vagues ! Ici le roman doit être associé à l'idée de fiction (par rapport à la réalité, l'ordinaire), de récit, d'aventure, d'héroïsme, voire d'anti-héros (thème étudié très souvent en 1ère).

-        DONC : Ne pas développer un raisonnement flou qui se fonde sur des idées vagues ou des impressions personnelles : il faut se fonder sur des notions littéraires du cours de français !

-        Il faut invoquer systématiquement des exemples qui doivent être commentés et le plus précis possible.

-        Éviter de mentionner des films, comédies musicales, des œuvres non littéraires.

-        Ne pas invoquer d'autres genres littéraires que celui de l'objet d'étude : ainsi, évoquer Le Cid de Corneille est un hors sujet grave.

-        Éviter de se fonder sur une expérience de lecture, mais plutôt sur l'histoire des œuvres littéraires.

 

Plan proposé :

I – Le modèle épique du roman : le personnage doit être un héros extraordinaire vivant des épreuves terribles et des aventures formidables (invoquer l'épopée appliquée au roman) : les personnages sont de nobles êtres d'exceptions, exemplaires : romans arthuriens, Princesse de Clèves, voire Manon Lescaut.

II – Le héros réaliste, personnage ordinaire (Balzac, Zola, Maupassant) ; il est inscrit dans une réalité sociale, un contexte historique qui le rend plus « normal », ordinaire, vraisemblable, proche du lecteur.

III – L'anti-héros, ou la négation de l'épopée et du roman (Céline, Camus, voire le Nouveau Roman qui refuse la notion de personnage romanesque). Ces auteurs veulent remettre en cause l'idée même d'héroïsme, ou de personnage représentant une personne réelle par la fiction. Le lecteur perd l'idée du personnage comme être humain extraordinaire ou même comme personne ayant des caractères propres, identifiables.

III – Invention

 

Par définition, un sujet d'invention ne peut avoir de correction modèle. Nous nous contenterons donc d'un rappel des critères et de l'analyse du sujet.

 

 

Critères :

-        Bonne compréhension du sujet, notamment de son enjeu, des attentes en termes de thèmes, de registres, etc.

-        Une expression claire et précise (éviter tout « flou artistique »)

-        Un vocabulaire adapté, utilisé à bon escient, et varié

-        ne pas plagier les textes du corpus (il s'agit d'une « invention »!), donc ne pas reprendre de phrases ou de mots employés dans ces textes, mais en chercher d'autres.

 

 

Conseils :

-        aller au vif du sujet sans faire d'introduction longue et hors sujet

-        éviter tout sentimentalisme, tout excès, toute incongruité

-        éviter d'être trop bref : une rédaction qui serait plus brève qu'un commentaire ou qu'une dissertation, réputés plus difficile, serait préjudiciable.

 

 

 

 

Sujet : « Vous proposerez le portrait d'un être ordinaire qui, sous votre regard, prendra une dimension extraordinaire » :

-        il faut donc un récit à la première personne, où le « je » est témoin

-        le texte doit être composé essentiellement d'une description de personnage, soit un portrait (éviter tout récit de péripéties, actions et contextes inutiles)

-        il faut que le personnage décrit semble ordinaire au premier abord

-        il faut que le personnage décrit soit rendu extraordinaire par votre regard ou votre expérience.

 

 

 

 

Marian BALASTRE, Professeur agrégé de lettres modernes, Membre du jury de l'EAF 2013

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Commentaires : 3
  • #1

    Suava (dimanche, 10 novembre 2013 07:12)

    Bonjour!

    Le corrigé proposé semble très bien, mais sauf erreur de ma part, le sujet ne figure pas.

    Merci

  • #2

    Hélène (dimanche, 26 janvier 2014 20:02)

    je pense que oui c'est une erreur de votre part car le sujet est écrit a la fin. Après les conseil!!!!

  • #3

    Leo (dimanche, 16 octobre 2016 16:06)

    hehe

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